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Inclusion, équité et diversités en temps de COVID-19 : l’urgence de bâtir un nouveau dialogue social

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14 mai 2020 – Lettre parue dans La Presse

Alors que le virus entamait sa progression dévastatrice au Québec, nous avons été témoins de nombreux gestes de solidarité, mais hélas aussi de cette propension malsaine à identifier des boucs émissaires, ravivant la peur irrationnelle de l’Autre qui serait le vecteur sinon le responsable de la propagation.

Si la pandémie de COVID-19 est révélatrice des iniquités sociales et économiques qui touchent historiquement les populations plus vulnérables, souvent racisées, elle laisse poindre également une stigmatisation éhontée envers plusieurs communautés : chinoises – et asiatiques, par la force de l’amalgame -, mais aussi haïtiennes – et noires, par extrapolation -, ou encore envers les personnes réfugiées.

Certain-e-s Québécois-es d’origine asiatique craignent désormais d’aller faire leur épicerie; de nombreux et nombreuses travailleurs-euses immigrant-e-s sont en première ligne (des services essentiels : alimentation, transport, santé et services sociaux, etc.) alors qu’ils et elles étaient hier identifié-e-s comme non désirables, leur présence non souhaitable et leurs diplômes non reconnus.

Le repli identitaire et la stigmatisation ne sont jamais loin, tels des braises qu’une crise suffit à raviver. Dans ce contexte, la vigilance collective est de mise pour s’assurer que cette épreuve, sans précédent, ne serve pas de prétexte à une montée du racisme, mais s’impose comme un terreau durable pour les solidarités et un tremplin dans une lutte renouvelée pour l’équité et les droits de toutes et tous1.

CRÉATIVITÉ SALVATRICE

Malgré le coup de massue qu’ont reçu les artistes et les organismes du milieu culturel, déjà fragilisés par des conditions précaires, ils et elles regorgent d’une créativité salvatrice, capable de bâtir des ponts, de panser les plaies, de sublimer le réel, de créer du commun, de voir plus loin. Déjà, les créatrices et créateurs sont à l’œuvre : de nombreuses initiatives circulent pour dénoncer les agressions envers les communautés asiatiques (#LesAsiatiquesNeSontPasLeVirus), pour honorer l’engagement des Québécois et Québécoises de diverses origines au front durant cette pandémie (#JeMeSouviendrai), pour informer la population allophone (capsules multilingues enregistrées par les artistes de Diversité artistique Montréal – DAM) ou encore la création de groupes de soutien à la communauté artistique mais aussi aux communautés asiatiques (Groupe d’Entraide contre le racisme envers les asiatiques au Québec).

Ce rôle que les artistes endossent avec tant de passion au quotidien s’invite comme un baume sur nos vies chamboulées, alors que certain-e-s sont aussi, comme nous tou-te-s, aux prises avec les angoisses, les incertitudes et la lourdeur qu’impose cette période. Ils et elles nous proposent des contenus généreusement alors que la crise ne devrait et ne devra pas à l’avenir contribuer à la généralisation de la gratuité du contenu culturel, comme nous met en garde l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Plus que jamais, il faudra soutenir nos créateurs et créatrices pour les remercier, les encourager et les aider à redémarrer un secteur durement touché.

En ces temps si particuliers, anxiogènes mais aussi porteurs d’espoir, DAM enjoint le milieu de la culture à s’engager avec plus de force que jamais pour l’équité et l’inclusion, à être la figure de proue d’une société solidaire et unie, qui rejette avec vigueur le racisme et reconnaît avec conviction les contributions de tou-te-s.

 

POURSUIVRE LE CHANTIER DE L’INCLUSION

La tentation de remettre à demain le chantier de l’inclusion, déjà entamé par plusieurs organisations, est forte dans un contexte où les impératifs à court terme prennent le dessus. Mais ce penchant mérite d’être repensé. DAM invite à considérer l’équité et l’inclusion comme des enjeux de dialogue social et de développement durable, comme la pierre angulaire de la relance des organisations. En se dotant de nouvelles pratiques – autant internes qu’externes – qui tiennent compte des réalités diverses et des ajustements nécessaires qui y sont liés, les organisations du secteur sauront affronter la nouvelle ère qui s’ouvre et qui ne demande qu’à être façonnée.

En inscrivant avec vigueur l’équité et la lutte contre le racisme dans l’ADN du secteur artistique, nos créatrices et créateurs sauront relever les défis de la prochaine décennie, identifiés en vue du rendez-vous Montréal, Métropole culturelle et dont l’inclusion est un principe transversal. Cela devra passer par : assurer la vitalité des quartiers en misant sur les artistes locaux et le tissu communautaire, soutenir la créativité en reconnaissant et valorisant les esthétiques et les expressions du monde entier pour s’enrichir de visions trop longtemps occultées, revitaliser les espaces urbains à l’image des gens qui les font vivre et finalement, faire de Montréal une ville plurielle où chacun-e trouve sa place, équitablement et durablement.

1 La Ligue des droits et libertés assure une vigie exemplaire sur des dossiers divers pour assurer le respect des droits et interpeller sur les dérives potentielles.

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