Trois de Mani Soleymanlou : au-delà du succès, un discours inclusif, intelligent et novateur sur la diversité

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Montréal, le 24 octobre 2014 – Pas facile de parler du thème ô combien délicat de l’identité. Moins facile encore de l’aborder dans toute sa diversité et à travers une pluralité de voix. C’est pourtant un pari réussi pour Mani Soleymanlou, avec sa trilogie UN, DEUX, TROIS qui a été présentée au Théâtre d’Aujourd’hui cet automne et dont le succès (complet trois semaines) démontre la portée.

Diversité artistique Montréal (DAM) salue et applaudit la justesse remarquable de ces pièces qui manient avec humour les clichés et les subtilités de l’identité. L’auteur et metteur en scène n’hésite pas à mettre le doigt sur les plaies identitaires, à jouer sur les « analogies botaniques » de la souche et autres racines culturelles ou encore à folkloriser à outrance et avec ironie les appartenances diverses. Le flottement identitaire qui taraude Mani, et quelques autres parmi ses 42 collaborateurs qui habitent la scène, fait passer du rire aux larmes et interpelle les spectateurs embarqués tout entier dans les méandres de l’identité, de leurs identités propres. Les dialogues sur scène ont à la fois une teneur personnelle et une résonance collective ; les comédiens se font oublier au profit de l’expérience bien réelle qu’ils nous témoignent.

Avec TROIS, Mani Soleymanlou parle de nous, de la société québécoise dans son ensemble, dans sa diversité, dans sa complexité. Il raconte avec éloquence que l’identité, comme concept et comme réalité, n’a rien de simple et qu’il va falloir s’y faire. Elle ne se résume pas au pays d’origine, au village de naissance, à la langue maternelle et aux langues apprises au cours d’une vie, mais varie bien selon comment on se définit et comment les autres nous perçoivent. L’auteur confronte et sème la confusion, nous laissant avec l’envie profonde d’en découdre sans toutefois savoir comment procéder. N’est-ce pas là le cas d’une majorité d’entre nous qui, somme toute, avons trop souvent du mal à nommer l’Autre ?

À en juger par les salles continuellement combles ainsi que par la diversité des spectateurs, TROIS a assurément touché une corde sensible qui nous préoccupe chacun à notre façon et tous à la fois en tant que société. Encore une fois, comme le martèle DAM, la construction viable d’une société inclusive passe par la compréhension d’un « Nous-autres » qui transcende l’Autre trop souvent considéré comme un fait « à-côté » qu’il faut gérer en tant que problème. Cette vision réductionniste ne laisse pas de place à un interculturel opérant, mais juste à une posture politique de gestion de la diversité dont il faut sortir absolument.

Les représentations étant désormais terminées au théâtre, le prochain numéro de TicArtToc (sortie prévue le 27 novembre 2014) donnera l’occasion de prolonger la réflexion avec un texte inédit de Denis Lavalou, l’un des 43 comédiens et collaborateurs au texte de TROIS. En attendant, bravo à Mani Soleymanlou et à ses comédiens ; on aime ça un théâtre différent, frais et qui fait place à une réalité québécoise en train de se faire…

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