Réaction à l’article « Dessine-moi un totem » de Sophie Durocher

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Montréal, le 6 août 2014 – Dans les pages du Journal de Montréal datant du lundi 4 août 2014, la journaliste Sophie Durocher s’indignait du programme Empreintes – et de ses « critères gnangnans » – qui propose d’ouvrir les portes du Musée des Beaux-Arts de Montréal à un(e) artiste de la diversité à l’occasion d’une résidence d’artiste.

Première cause de son malaise, doublé d’incompréhension : l’accès réservé aux artistes de la diversité, lequel empêcherait de révéler le talent de « génies » qui auraient le « malheur d’être Blanc, nés au Québec d’une mère venant du Lac-Saint-Jean et d’un père de Brossard ». Diversité artistique Montréal (DAM), en tant qu’organisme accompagnant des artistes de toutes origines – pour la plupart nouveaux arrivants -, voudrait rappeler, à la lumière des constats que nous faisons au quotidien, les difficultés que rencontrent ces artistes justement car ils ne sont pas assez Blancs, car leur accent trahit trop leurs origines ou car leur art est trop exotique pour entrer dans les canons québécois. Depuis quand être Blanc au sein d’une majorité blanche est-il devenu un inconvénient, un critère de discrimination et d’exclusion? Peut-être seulement depuis que certains Blancs se sont mis à craindre la « Diversité » et à y voir une menace pour leurs privilèges… Ce renversement des faits illustre probablement l’ignorance des obstacles auxquels font face les artistes montréalais venus d’ailleurs ou même nés ici de parents étrangers, qui trouvent souvent des portes closes à l’entrée de castings, de galeries d’art ou de salles de concert.

À la question : « Le seul critère ne devrait-il pas être: un artiste qui a du talent, quelles que soient la couleur de sa peau et ses origines? », posée par Mme Durocher, DAM aimerait pouvoir répondre un « Oui! » magistral, signe que l’égalité des chances entre tous les artistes aurait force de loi… mais ce serait fermer les yeux sur les pratiques discriminatoires, les actes xénophobes et la « blanchité » des standards occidentaux qui continuent d’avoir cours dans le milieu des arts et de la culture, notamment au Québec.

La seconde indignation de la journaliste naît malheureusement d’une mauvaise interprétation des objectifs du programme qu’elle taxe presque de racisme anti-Blanc. Si l’appel à projet mentionne que les artistes doivent avoir une « pratique artistique métissée ou non occidentale », c’est essentiellement dans une volonté d’encourager un(e) artiste à poser un regard qui, grâce à la richesse d’influences culturelles diverses, peut offrir de nouvelles perspectives que l’absence de diversité ne permet pas. L’initiative conjointe du Musée et du Conseil des arts de Montréal appelle au métissage – qui implique les mélanges, les échanges – et non pas à un unique « mode d’expression traditionnel » qui ne ferait que compartimenter davantage ce qu’on appelle les « communautés culturelles ».

DAM renouvelle son appui, déjà affiché lors de la première édition de Empreintes en janvier 2014, à ce type d’initiatives qui ne peut qu’être bénéfique, autant en termes de reconnaissance d’expressions plurielles qu’en termes d’enrichissement culturel du patrimoine québécois. C’est pourquoi, à la lecture de l’article de Mme Durocher, on se demande s’il s’agit de simple fermeture d’esprit ou d’une invitation de mauvaise foi à promouvoir l’exclusion et la xénophobie?

 

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