L'appropriation culturelle en jeu : une conversation s'impose

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Diversité artistique Montréal (DAM) a suivi au cours du dernier mois les échanges sur les réseaux sociaux à propos d’une performance impliquant un acte d’appropriation culturelle lors de l’événement Souk-Cité 2, organisé par Danse Cité. DAM n’a pas été témoin de la performance du 8 septembre dernier, mais a pris connaissance de la situation à travers les communications de Montréal, arts interculturels (MAI), du Centre des organismes communautaires (COCo) et de l’artiste Angie Cheng qui ont remis en question la performance.
Malgré des avertissements et des réserves reçus de la part de MAI et de COCo, les deux artistes se sont présentées lors de leur performance le visage peint en blanc et portant des vêtements japonais tout en ayant recours à un langage et à de la musique faussement japonais.
En tant qu’organisme de veille sur les enjeux de diversité dans le milieu culturel, DAM tient à souligner le caractère inacceptable d’une performance qui s’approprie des codes d’une population historiquement discriminée et les fige dans des stéréotypes raciaux pour les tourner en dérision. On se rappellera notamment, il y a tout juste 75 ans, de l’internement des Canadiens d’origine japonaise, suivi de mesures discriminatoires qui ont perduré au-delà[1]. Cet incident soulève par ailleurs des enjeux similaires à ceux que DAM et d’autres avaient identifiés lors de la polémique sur le blackface au Théâtre du Rideau Vert.
Sans présumer des intentions derrière cette performance, DAM souhaite attirer l’attention sur le fait que l’appropriation culturelle s’insère toujours dans un contexte historique plus large, en lien avec les rapports de pouvoir qui traversent une société. L’appropriation implique nécessairement la décontextualisation de codes, de pratiques, de significations et d’univers de sens qui ont présidé à l’émergence d’une pratique, en plus de contribuer à la minorisation de groupes en s’exprimant à leur place.
DAM souhaite ainsi apporter son soutien à l’initiative de l’artiste Angie Cheng qui s’est appuyée sur la dénonciation de ce geste pour inviter au dialogue sur les questions d’appropriation dans le milieu des arts et pour demander au Regroupement québécois de la danse (RQD) de se saisir de cet enjeu.
Dans ce contexte, DAM invite le RQD, de même que Danse-Cité, à travailler de concert avec le milieu pour approfondir leur réflexion sur les effets préjudiciables du racisme systémique dans le secteur de la danse. Afin d’instaurer un climat inclusif et de mettre fin à des incidents de ce genre, DAM encourage les deux organismes à se doter d’outils pour examiner et bonifier leurs pratiques organisationnelles et leur politique d’éthique. Parmi ces ressources, la Cellule iDAM pourrait s’avérer utile dans leur ajustement aux divers besoins et réalités de la communauté artistique.
La conversation sur l’appropriation culturelle, qui a d’ailleurs été récemment relancée par le Conseil des arts du Canada, se poursuivra notamment par l’entremise d’une conférence que tiendront Montréal, arts interculturels (MAI) et COCo 16 novembre prochain et à laquelle DAM convie le plus grand nombre. Par ailleurs, la question de l’appropriation  sera assurément discutée dans le cadre des consultations sur le racisme systémique qu’annoncera DAM cet automne.

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