Intouchables au Théâtre du Rideau Vert : « bankable » et sans couleur

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Montréal, le 2 mai 2014 – Diversité artistique Montréal (DAM) réagit à une adaptation théâtrale pour le moins surprenante qui, si elle n’est pas à contester du point de vue artistique personnel du metteur en scène – René Richard Cyr – et de la directrice du Théâtre du Rideau Vert – Denise Filiatrault – doit être discutée au regard du glissement axiologique qu’elle provoque.

En effet, on connaît le succès cinématographique français de Intouchables qui met en lumière la problématique des quartiers sensibles à forte concentration immigrante et de la possibilité de s’extirper du déterminisme social marqué du sceau du préjugé ou du cliché selon lequel les Noirs vivent en banlieues et sont les méchants de service. Sur ce point, réussite totale du film qui, du reste, fait la démonstration aux producteurs qu’un acteur de couleur peut être « bankable », idée encore inexistante dans la filmographie québécoise.

C’est d’ailleurs ici que cette adaptation du Théâtre du Rideau Vert pose question voire, pour certains, choque ! Le recours à Antoine Bertrand – acteur blanc – dans le rôle de Louis, l’aidant à domicile de Philippe (Luc Guérin) semble vider de sa substance le cœur même du scénario, bien que celui-ci entende mettre le doigt sur les problèmes sociaux d’un quartier de Montréal (Hochelaga).

Pourquoi évacuer les enjeux de l’immigration liés au scénario original alors même que Montréal et les acteurs de la diversité sont touchés de plein fouet par les questions d’inclusion ?  Pourquoi aller chercher l’acteur du moment (homme fort du box-office québécois) pour ce rôle alors que bien d’autres talents de la diversité auraient pu endosser ce personnage ? Pour avoir, comme le souligne le journaliste Luc Boulanger dans la Presse du 29 avril, « une belle paire d’as dans les cartes de la prochaine saison » du Théâtre du Rideau Vert, synonyme de succès financier ? Ou craint-on justement de ne pas faire recette avec un acteur de couleur ? A-t-on peur de déranger le public dudit théâtre en mettant un acteur de couleur sur scène ? À l’heure où l’ouverture s’invite dans le milieu du théâtre, à l’instar du programme de stage « Horizons Diversité » mis en place par l’École nationale de théâtre ou encore des premières Auditions de la diversité qui ont fait mouche cet hiver, il devient pressant pour les théâtres et les diffuseurs de poser les actes d’une réflexion entamée par certains et de mesurer le poids du défi qui est en-jeu.

Si DAM ne remet pas en cause le choix de l’adaptation de ce film au théâtre, bien au contraire, nous déplorons cependant cette sensation malheureuse de repli sur un Québec dit « pure laine » (expression à bannir par la césure qu’elle crée entre « Eux » et « Nous ») qui ne laisse que peu de place à l’ouverture, aux acteurs de la diversité et, plus largement, à la pluralité qui compose la Belle Province.

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