Deux célébrations du monde télévisuel ; deux dénouements qui (im)posent un lot de questions

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Montréal, le 22 septembre 2015 – Ce dimanche, le 20 septembre 2015, les artisan-ne-s, actrices et acteurs du milieu télévisuel américain ainsi que ceux du Québec étaient célébré(e)s au petit écran. La simultanéité des cérémonies des Emmy Awards et du Gala des prix Gémeaux est l’occasion aujourd’hui de s’adonner à quelques comparaisons entre un milieu qui, depuis quelques années, tente le pari d’une plus grande inclusion de la diversité ethnoculturelle et un autre qui, au contraire, semble encore frileux à aller dans ce sens.

L’inclination de nos voisins américains à produire des séries télévisuelles reflétant de plus en plus l’ensemble des membres de leur auditoire a manifestement porté fruit ce week-end. Au cours de cette 67e cérémonie des Emmy Awards, Viola Davis est devenue la première femme afro-américaine à se voir remettre le prix de la meilleure actrice dans un rôle dramatique.

Lors de son discours de remerciement, c’est en empruntant les mots de Harriet Tubman, une combattante de la liberté afro-américaine, que Davis a habilement nommé cette «ligne» franche, difficilement surmontable et aussi réelle qu’intangible, qui au quotidien délimite et restreint l’accessibilité et les opportunités de travail qui s’offrent aux artistes dits de la diversité.

Cette lauréate a ainsi mis en lumière les obstacles qui se dressent systématiquement sur le parcours personnel et artistique de ces dernier-e-s, tout en soulignant les initiatives récentes d’auteur-e-s, réalisatrices/eurs et productrices/eurs qui permettent d’estomper progressivement cette démarcation somme toute factice en proposant de nouveaux modèles et perspectives.

Bien qu’un écart significatif demeure entre les communautés américaines non-blanches et leur représentation respective au petit écran, ces résolutions semblent avoir été déterminantes et surtout récompensées, considérant que plus d’une vingtaine d’actrices et acteurs dits de la diversité comptaient au nombre des nominés pour l’année 2015.

Tandis qu’un tournant symbolique fort a ainsi marqué l’histoire télévisuelle des États-Unis en établissant un seuil en dessous duquel il serait dorénavant malheureux de revenir, les téléspectateurs québécois ayant regardé le Gala des prix Gémeaux, ont quant à eux assisté à une cérémonie dépeignant une sphère télévisuelle exempte d’une frange importante de leur propre société.

Diversité artistique Montréal (DAM) constate l’absence quasi totale de nominations, au gala en ondes, attribuées aux artistes dits de la diversité. Les seuls nominés sont demeurés hors antenne. Si ce dénouement est symptomatique d’une chose, c’est bien que ces artistes brillent par leur absence dans les récits télévisuels ainsi que dans un quelconque rôle majeur, et par extension lors de ce gala.

Conscients que le contexte américain diffère du nôtre à plusieurs égards, nous considérons tout de même que la disparité frappante en ce qui a trait à la représentativité de la population non-blanche ici et aux États-Unis soulève d’importantes questions. Dans la mesure où les séries dramatiques québécoises au petit écran ne permettent manifestement pas à toutes les citoyennes et tous les citoyens de s’y reconnaître, le constat est alarmant.

Si la volonté est une composante essentielle à cette marche en avant, il demeure primordial de s’assurer que les représentations proposées soient justes et respectueuses. Ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi, à travers le vidéoclip de Natasha St-Pier lancé la semaine dernière, l’actualité nous rappelle qu’il peut y avoir un fossé entre de bonnes intentions et la restitution d’une image décalée de la réalité. En actualisant la célèbre chanson «Tous les Acadiens» de Michel Fugain, St-Pier a voulu évoquer son imaginaire d’enfant acadienne tout en faisant place aux peuples autochtones de l’Acadie. Pourtant ceux-ci demeurent totalement éclipsés des images, alors qu’un univers encombré de clichés où des individus non-autochtones revêtent plumes et coiffes véhicule une vision stéréotypée, voire fantasmatique, de ces communautés. Par cette réappropriation culturelle, St-Pier et sa maison de production n’ont su que créer une confusion fort embarrassante.

Nous souhaitons bien évidemment qu’une volonté d’inclusion émane et se généralise dans le domaine artistique et culturel. Toutefois, rappelons l’importance d’aborder ces questions avec une certaine sensibilité par souci de dresser un portrait qui rend justice aux réalités plurielles, souvent laissées à la marge. Nous espérons qu’éventuellement le milieu saura répondre davantage et de façon adéquate à l’appétit grandissant de tous ceux et celles qui désirent se retrouver à l’écran.

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