Coupures en culture ou l’Art de trancher dans le vif sans faire de bruit

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Montréal, le 19 septembre 2014 – Non Diversité artistique Montréal (DAM) n’y a pas échappé, avec, il y a deux mois, la suppression – annoncée par téléphone par ma très sympathique agente Emploi Québec – d’une subvention salariale à temps plein de 6 mois, sésame de l’embauche dans le milieu culturel, faute de mieux. Notre part à l’effort budgétaire est faite, me suis-je dit, conscient de la difficulté générale de l’économie au Québec. Ré-organisation des projets, restructuration de l’équipe, révision des budgets. Une nouvelle comme ça, c’est pas mal de job pour changer son fusil d’épaule.

Mardi 16 septembre 2014, j’envoie une demande de renouvellement pour une autre subvention salariale en économie sociale, obtenue l’an dernier pour le projet de la revue TicArtToc, qui a permis de couvrir 100% du salaire la première année, et devait couvrir 60% la deuxième année avant l’embauche la troisième année. La planification budgétaire sur 3 ans avait pour but de faire la démonstration au ministère que nous sommes des bons gestionnaires et de futurs bons employeurs. Réponse de la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) qui gère le dossier :

 

« Bonjour M. Jérôme Pruneau,

Votre très belle lettre nous signifie que cette subvention salariale en économie sociale a sa raison d’être. C’est au gouvernement que vous devriez l’envoyer.

Le 8 juillet dernier, Emploi Québec a été avisé que cette mesure avait été modifiée.

Il n’y a plus de subvention salariale 2ème année.

Et la première année a été réduite à un maximum de 30 semaines. »

 

Réponse certes laconique mais claire. Je n’en veux pas à la CDEC, déjà bien embarrassée dans sa réponse qui a, par ailleurs, fait un travail remarquable pour nous aider. Par contre, à la lecture dudit courriel, je me rends compte qu’Emploi Québec est au courant de ce changement de cap radical depuis le 8 juillet ! J’apprends également que nous sommes 40 organismes dans le même cas, soit 40 emplois sur la sellette, sans que le gouvernement n’ait même évalué les résultats de ce programme d’embauche progressif. Et pas une lettre, pas un coup de téléphone pour prévenir les intéressés cette fois-ci, rien… à deux semaines du renouvellement du contrat.

Il arrive un temps où travailler fort pour gagner moins devient difficile. Des heures à monter des dossiers, à planifier des budgets pour qu’un gouvernement ne fasse pas ses devoirs, pour qu’il remplace au pied levé un programme de 3 ans progressif en 30 semaines d’embauche maximum. Depuis quand fait-on des planifications budgétaires sur 30 semaines, M. Couillard ? Je trouve cela évidemment scandaleux, bien au-delà du changement de programme. Il faudra un jour que ces gens haut placés prennent leurs responsabilités dans leurs mains (pour être politiquement correct), mettent leurs culottes et soient capables non seulement de l’annoncer aux intéressés, au moins par un courrier, mais surtout de comprendre que le travail effectué en culture – comme ailleurs – n’est pas indéfiniment compressible. De grâce, qu’on ne nous parle pas d’effort(s), d’efficacité ou de productivité quand, chaque jour, nous travaillons comme des acharnés pour justement créer de l’emploi et de la richesse collective. Jusqu’où compte-t-on ainsi dépouiller les arts et la culture ? Jusqu’à l’annihilation d’une conscience collective qui n’aurait pour seul spectre culturel le fastfood artistique, les mass médias  ou la crétinerie basique dont je n’ose citer d’exemple ?

Ces deux coupures successives, et l’embarras dans lequel elles placent notre organisme, ne sont que des exemples presque dérisoires du désastre bien plus vaste qu’engendre le programme d’austérité qu’a choisi M. Couillard pour le Québec. Où va-t-on ainsi… si ce n’est vers un transfert monstre de richesse de la classe moyenne vers les plus riches? Vers une hypocrisie permettant de donner moins, beaucoup moins à la population? Moins de déneigement, moins de livres dans les bibliothèques, scolaires ou pas, moins de programmes d’aide aux élèves en difficulté, moins de classes d’accueil aux enfants immigrants, moins de programmes de promotion des arts (coupes dans la culture à l’école, coupes dans l’école montréalaise pour tous) ? Veut-on vraiment un modèle de société inculte et semi analphabète, pendant qu’on nous enfonce des oléoducs dans la gorge, en préparation de catastrophes environnementales qui ne sauront tarder ?

J’aime ce titre de chanson de l’artiste québécoise Emi Bond qui dit : « Réveille ! » Vous devriez l’écouter M. Couillard…

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