Artistes autochtones en attente

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Montréal, vendredi 22 Juin 2012

Rencontre avec Mme Adrienne Campbell, directrice du Projet Autochtones du Québec

En raison de la crise de logement et de conditions difficiles dans le Nord du Québec, les membres des communautés autochtones sont de plus en plus nombreux à quitter les réserves dans le but de s’établir à Montréal. Malencontreusement, ces individus se retrouvent souvent sans moyens, isolés dans un environnement qui leur est étranger et dont ils ne connaissent pas le fonctionnement. Par conséquent, la présence d’organismes venant offrir divers services d’aide et d’hébergement destinés aux Autochtones s’avère essentielle à Montréal. Ainsi, ceux-ci contribuent au développement personnel des individus en difficulté qui viennent de s’établir dans la ville, nous explique Mme Campbell.

L’organisme Projets Autochtones du Québec (PAQ) a été créé afin d’apporter un soutien aux hommes et femmes des Premières nations, Métis et Inuits sans domicile fixe en offrant des services adaptés aux cultures autochtones. Bon nombre d’individus fréquentant le centre sont des artistes, et l’organisme prend tous les moyens pour contribuer à l’exploitation de leur créativité en mettant sur pied diverses activités et services leur étant offerts. Cependant, depuis plusieurs mois, l’existence de PAQ est remise en question en raison de récents évènements très contraignants.

Urgence de la situation                              

Effectivement, PAQ, situé au 90 rue de la Gauchetière et logeant dans des locaux du CSSS Jeanne-Mance, se retrouve dans une impasse. Pour cause d’un besoin urgent de rénovations ainsi que de la récupération de l’édifice par le CSSS Jeanne-Mance, PAQ se retrouvera dans une situation de relocalisation en décembre 2012.

Mais le temps presse. Car, « si de nouveaux locaux ne sont pas trouvés sous peu, c’est l’existence de PAQ qui sera en jeu », nous dit Mme Campbell. D’autant plus que, selon une étude sur la projection de la population autochtone au Canada effectuée par le ministère des Affaires autochtones et du développement du Canada, le taux de la population autochtone subira une croissance modérée. Plus précisément, d’ici 2034, on prévoit une augmentation d’approximativement 40% de la population, ce qui correspond à une augmentation de 4,5 % par année hors réserve et 2,1% par année sur les réserves, ce qui augmentera largement la population autochtone à Montréal.  Également, une augmentation très concentrée de la population autochtone de 5% est prévue, surtout hors réserves. Donc, avec autant d’Autochtones qui vont arriver dans la ville, il est primordial que PAQ conserve sa place en tant qu’organisme à Montréal.

Difficulté à trouver des locaux

Avec l’arrivée de cette mauvaise nouvelle, Projets Autochtones du Québec a dû entreprendre plusieurs démarches afin que le problème soit réglé le plus rapidement possible. Plus de 35 emplacements ont été étudiés, mais en vain à cause du syndrome « pas dans ma cour ». Les citoyens ne veulent pas d’un centre pour sans-abris dans leur quartier, et « encore moins abritant des Autochtones », affirme Mme Campbell, ce qui confronte PAQ et leur clientèle à une double discrimination.

Bien que des organismes souhaitent venir en aide et offrir des services aux Autochtones en difficulté et que le gouvernement donne des subventions, il est certain que c’est d’abord par la société que ce désir d’aider doit passer. Sans la collaboration de celle-ci, des projets comme ceux-ci ont peine à se réaliser, ce qui est fort dommage.

Des artistes touchés

Avec ces évènements, il est certain que la direction du centre dispose de beaucoup moins de temps pour se concentrer sur le plan de développement de l’organisme. Toutefois, le développement social et professionnel des individus reste une priorité et les personnes responsables font preuve d’initiative quant à l’organisation d’activités contribuant à l’épanouissement de tous.

Mme Adrienne Campbell, directrice de PAQ, nous affirme : « La créativité est quelque chose de très fort chez les Autochtones. D’ailleurs, il y a beaucoup d’artistes qui fréquentent le centre, spécialement en arts visuels, dont en sculpture, dessin et peinture. Nous les encourageons à exprimer leur identité à travers leur art et à faire ce qu’ils aiment ». À ce sujet, des stagiaires de l’Université Concordia sont récemment venus au centre dans le cadre d’un programme nommé « Art therapy », qui consiste à  utiliser le potentiel d’expression artistique à des fins psychothérapeutiques et de développement personnel.

Malgré le fait que, pour l’instant, le centre ne soit pas ouvert  le jour, l’organisation de plusieurs ateliers est mise en place. Notamment, des ateliers de sculpture sont donnés sur une base hebdomadaire afin de fournir un support aux artistes. « Plusieurs individus des PAQ, spécialement des Inuits, possèdent un véritable talent en sculpture et vont même vendre leurs œuvres aux commerçants dans le Vieux-Montréal. C’est dommage parce qu’ils ne font aucun réel bénéfice étant donné le manque de visibilité qu’ils possèdent », nous confie la directrice du centre.

En définitive, l’organisme se doit donc de trouver une solution efficace dans les plus brefs délais. La ville de Montréal est actuellement penchée sur le cas et fait de son mieux pour trouver une solution durable, mais le cas reste à suivre. La nécessité de faire en sorte que cet organisme survive est sans contredit non discutable, car avec le peu d’endroits venant directement en aide aux Autochtones à Montréal, PAQ est indispensable. Puis, avec tout le potentiel que les artistes autochtones possèdent, ce serait un non-sens de leur fermer des portes au lieu de les aider à mettre leur talent à profit.

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