Montreal Diversity Artists Index
Raphaël A. Levy
Literature
Artistic Profile
Raphaël A. Lévy est l'auteur d'un roman L'homme qui voulait changer le monde (Lanctôt Éditeur, 2005) qui est tiré de l'un de ses scénarios. Il a aussi réalisé deux longs métrages Le Noël de Madame Beauchamp (1980) et Toccata et fugue pour un enfant (1990). Artiste multidisciplinaire, il pratique le vitrail et l'enluminure sur parchemin.
Quelques autres réalisations à son crédit :
- Réalisateur de films sociologiques, Université Libre de Bruxelles
- Scénariste et réalisateur de films documentaires, Paris
- Réalisateur et caméraman de films sur la chasse et la pêche, Radio-Canada
- Directeur de plateau dans des studios de postsynchronisation, Montréal
- Scénariste et réalisateur d'un long métrage, Peter and Laura, Paris et Montréal
- Concepteur et réalisateur de films publicitaires, JPL Productions, Montréal
- Auteur d'une pièce jouée au Centre des arts Saidye Bronfman, La petite injustice
- Traducteur et adaptateur de dialogues de séries télévisées américaines et de longs métrages
Artistic Studies
Diplôme en littérature française.
Baccalauréat technique en Mathématiques, section Aéronautique, ENPA, Cap Matifou, Alger.
Maîtrise du vitrail, de la peinture et de l'enluminure
Écrire, une aventure merveilleuse
Tout le monde peut s'en offrir une
(une lettre, une pensée, un poème, un pamphlet, ou son journal …)
Ne laissez pas vos idées s'envoler
Je m'étais promis de ne plus jamais écrire … Concepteur-réalisateur de films publicitaires et de documentaires, ma carrière de cinéaste n'a pas évolué comme je l'aurais souhaité. Je n'ai effectué jusqu'ici qu'un modeste parcours dans le domaine du long métrage, en réalisant trois films à petit budget. Peut-être parce que je n'ai pas encore rencontré la bonne personne au bon moment ou tout simplement que ma voie est ailleurs. Pourtant plusieurs projets ambitieux ont failli voir le jour, dont une comédie musicale et une série dramatique pour la télévision. Aujourd'hui, quelques synopsis, une dizaine de scénarios, et un dossier de téléfilms dorment dans mes tiroirs.
Tant sur le plan affectif que professionnel, la vie s'est montrée revêche à mon égard, et ironiquement généreuse en désillusions. C'est peut-être pour cette raison qu'elle m'a doté, en compensation, d'une fabuleuse compagne, d'un inépuisable trésor : une prédisposition à écrire dans plusieurs des genres. Bien que l'unique pièce de théâtre que j'ai écrite ait été montée, l'idée d'entamer une carrière de romancier ne m'était jamais venue à l'esprit. Les mots, les phrases ou les réflexions qui m'assaillaient au quotidien et qui auraient pu être les prémices d'un poème, d'une pensée ou d'une histoire, ne m'avaient pas influencé davantage.
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Il y a plusieurs années, Isabelle Adjani, à qui j'envoie un scénario comme on jette une bouteille à la mer, est enthousiasmée par le récit ne comportant pourtant pas de rôle pour elle. Qui n'a jamais connu la noblesse et la grâce alliées à l'humilité, le sache : cette superbe actrice les incarne. Elle intervient auprès du Centre national de la cinématographie française qui m'alloue une bourse afin de peaufiner mon manuscrit. J'effectue un séjour à Alger, la ville de mon enfance, pour être plus près du récit que je relate. Hélas l'instabilité politique, puis les événements tragiques de l'Algérie ne permettront pas d'amorcer ce projet de film.
Je ne parviens pas à me détacher d'une histoire que j'avais prise en grande affection. À défaut de film, j'envisage d'en faire un roman - une fresque sociale et historique se déroulant dans ce pays, au tout début de la révolution algérienne. Mais très vite, je renonce à entreprendre une tâche qui me paraît être au-dessus de mes possibilités, quand bien même des bruits, des formes, des couleurs et des personnages, affluent de toute part comme autant de signes d'encouragement. Au bout de quelques semaines, je suis pris de remords : mes idées ne cessent de m'interpeller, de me harceler. Au point de troubler mon sommeil et de s'immiscer dans mes rêves. Je ne réussis à trouver le repos qu'après m'être installé devant un cahier, puis devant un ordinateur. Et j'écris enfin ce roman durant de nombreux mois, en y apportant la détermination d'un écolier appliqué …
Une à une, les maisons d'éditions me retournent mon texte. Jamais pour la même raison. Françoise Verny, directrice littéraire des Éditions Bernard Fayard, qui me fait l'insigne honneur de le lire personnellement en m'évitant la fatidique épreuve du comité de lecture, me répond : « Vous n'écrivez pas mal mais le récit comporte trop d'intrigues mêlées, trop de dialogues, trop d'anecdotes … et la forte histoire de Rachid, qui a une réelle puissance dramatique, se trouve noyée. Resterait à extraire une histoire de ce tableau impressionniste qui n'est pas sans charme. » Comment s'y prendrait un artiste peintre, si on lui demandait de retirer de son tableau toute une foule de paysans au profit d'un roi flanqué de ses courtisans? En ce qui me concerne, ce serait une ‘Mission Impossible'. Bien que très désireux de voir mon livre publié, je n'ai pu me résoudre à éliminer des personnages si patiemment créés et qui ont été de fidèles compagnons de route durant mes nombreux mois de labeur. Le service des manuscrits des Éditions Robert Laffont, en la personne de Sophie Lajeunesse, m'écrit, au sujet du même livre : « C'est un livre généreux et chaleureux mais malheureusement, il manque -semble-t-il- un parti d'écriture ; on reste très extérieur à ce que vous nous racontez. » Je n'ai jamais décelé autant de contradictions dans une phrase. Si l'on a ressenti de la générosité et de la chaleur à la lecture de mon récit, c'est qu'on y a nécessairement adhéré quelque part. Quant au manque de parti d'écriture, là encore, le comité de lecture fait preuve de manque de discernement puisqu'il adjoint à son évaluation semble-t-il. « Semble-t-il ou ne semble-t-il pas!»
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Cette déception s'ajoutant à bien d'autres, je prends la résolution de ne plus écrire de textes pour l'écran et encore moins pour des maisons d'édition, préférant m'investir dans d'autres domaines artistiques, comme la traduction, la peinture et le vitrail que je pratique honorablement.
Chassez le naturel, il revient au galop, dit le proverbe. Mon naturel a la sagesse de ne pas revenir au galop. Pour ne pas m'effrayer, sans doute. Il est revenu lentement mais sûrement, s'étant enraciné dans une idée de film enfouie au tréfonds de ma mémoire. J'en avais tracée les grandes lignes sous forme d'un synopsis intitulé Le Jugement dernier, ou comment changer le monde, lui aussi rangé dans un dossier. J'ignorais qu'elle germerait à mon insu, comme une semence tombée quelque part dans une terre fertile. Au fil des ans, cette idée arrive à maturité. J'en suis ravi pour elle. J'admets qu'elle est pleine de caractère et de fantaisie mais lui demande de se tenir loin de moi et de ne rien faire pour me séduire. Peine perdue, elle entreprend une guerre d'usure. De nuit comme de jour, partout où je vais, elle me précède et se plante devant moi, le regard chargé de reproches. Je me sens obligé de me justifier : « Écrire un scénario, encore? Pour qui et pourquoi? » Des maisons de productions en reçoivent par milliers. La plupart les retournent, souvent sans en prendre connaissance. Un ami a fait l'audacieuse expérience d'envoyer à plusieurs sociétés de films le scénario d'un chef-d'oeuvre mondial, en changeant le titre et en le signant de son nom. Il n'avait là que l'intention de susciter une réaction de la part du comité de lecture, sachant qu'on démasquerait sa supercherie. Échec total. Comme prévu, son manuscrit lui est retourné avec un mot d'accompagnement, devenu un cliché célèbre: Ce scénario comporte des qualités certaines mais il ne correspond pas au genre de film que nous souhaitons réaliser.
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Mon idée de Jugement dernier ne me lâche pas. Tenace, récalcitrante, elle a recours à une ruse : faire intervenir ma conscience qui, un beau matin, m'interpelle à la manière de Jiminy Criquet, l'ange gardien de Pinocchio.
- Tu es resté trop longtemps sans écrire. Cela suffit.
- À quoi bon, n'ai-je pas eu assez de déboires?
- Il ne s'agit pas d'un scénario.
- Et de quoi donc?
- D'un livre …
- Un livre? C'est déjà fait, aucun éditeur n'en a voulu.
- Celui-là sera d'un genre très différent.
- Je sais de quoi tu parles, mais je ne m'en sens pas le courage.
- Tu en auras, dès que tu te mettras au travail. Voilà dix ans que tu portes en toi cette histoire. Elle te perturbe, inutile de le nier. Écris-la, si tu veux vivre en paix.
Je suis terrorisé! Je ne suis pas romancier, ce n'est pas mon métier. Combien d'années me faudrait-il passer pour venir à bout de quatre ou cinq cent pages?
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Rédiger un scénario, c'est transcrire en style télégraphique des images. On en établit deux colonnes, l'une pour la description de l'action et des décors et l'autre pour les dialogues. Écrire un roman, c'est mettre de la chair sur un squelette, c'est reconstituer des couleurs, des sons, des parfums, des sentiments, des mouvements, des émotions. Rien qu'avec des mots! Cela tient de l'alchimie. J'ai cru y être parvenu une fois, je n'ose pas m'y risquer à nouveau. Ma conscience me rassure : « Cela ne te prendra qu'un an, un an et demi tout au plus … Commence, à chaque jour suffit sa peine … Je t'aiderai dans ton entreprise … »
Cela fait maintenant 14 mois que je vis une aventure merveilleuse, dans le genre de celles où l'on ne peut se résoudre à revenir sur ses pas. J'écris chaque jour. Quelques heures, parfois une journée ou une nuit entière. Je n'appréhende pas le refus des maisons d'édition. Je découvre, au fur et à mesure de mon avancée, les bienfaits que l'on peut se prodiguer en écrivant d'abord pour soi-même. Ils sont insoupçonnables, parce que magiques. Le roman que j'achève s'intitule provisoirement Le Jugement dernier, ou comment changer le monde, une science-fiction traitée en fable, mais qui hélas me plonge dans un profond désarroi tant il concorde avec l'apocalypse du World Trade Center de New-York que personne n'aurait imaginée.
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On écrit d'abord pour se faire plaisir, non par égocentrisme comme on serait tenter de le croire. Écrire, c'est aussi se prodiguer une sorte de psychothérapie qui nous permet d'échapper à la solitude (que l'on aime bien pourtant), d'assouvir un besoin impérieux : celui de partager ses émotions et ses expériences, ses rêves et ses fantaisies, ses peines et ses joies avec des lecteurs amis ou frères humains. C'est transmettre un message, c'est quelquefois se découvrir une âme de missionnaire. Lorsqu'un narrateur s'embarque dans une telle aventure, il court le risque de naviguer dans un océan rempli d'imprévisibles et dangereuses turbulences. Mais comme tout aventurier, il sait que cela en vaut la peine. Seul compte pour lui l'éventualité d'une croisière fabuleuse en compagnie de ses créatures de rêve.
Dès l'ébauche du récit, des dizaines d'idées débridées se bousculent au portillon de son imagination. Il en saisit quelques unes au vol, en perd d'autres. Dans la rue, en voiture ou en métro, partout ailleurs, c'est une tragédie s'il n'a pas sous la main de quoi les noter. À la cinquantième page, il estime avoir atteint sa vitesse de croisière et se dit avec sérénité : « J'ai le vent en poupe, la voile est sûre … » Mais il est loin de se douter des terribles épreuves qui l'attendent.
Si le dessin, la peinture, la sculpture et - même la musique - peuvent échapper aux règles de l'orthographe, tricher avec la grammaire et se permettre des répétitions, il n'en est pas de même pour la littérature. Le mot, revêtu de sa superbe innocence quand il est isolé, devient un redoutable tyran pour son utilisateur lorsque ce dernier lui demande de s'allier à d'autres mots pour former une phrase. Le narrateur, soumis à mille et une disciplines, devient l'esclave des mots qu'il croyait asservir.
L'on comprend pourquoi Michel-Ange, effondré, s'est écrié devant son Moïse : « Parle! … » Il voulait que sa sculpture prenne vie! Une autre fois, il a tenté de briser sa Pietà et l'aurait entièrement démolie si ses élèves ne l'avaient ceinturé jusqu'à ce que sa fureur se soit calmée. Devant une telle quête de perfection, on ne peut qu'être confronté à cette leçon de rigueur et d'humilité et aux douloureuses contraintes de la création.
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« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », préconise Boileau. Toute oeuvre achevée se compose d'une faible part de talent et d'une somme fabuleuse de travail acharné et de patience. Un écrivain progresse à la manière d'un artisan. Il ébauche son histoire, tâtonne, avance, recule, se lit et se relit une infinité de fois. Ses personnages, inventés ou empruntés à la réalité, commencent à prendre forme, à s'animer. L'auteur leur insuffle ses émotions, leur prête ses expériences. Dociles, ils se laissent revêtir de ce qu'il a choisi pour eux : un vêtement, une attitude, un trait de caractère, un langage.
Des semaines et des mois passent. Le conteur est rasséréné par le récit qu'il a mené jusque-là avec beaucoup de soin, au meilleur de sa connaissance. Au cours d'une pause, il feuillette nonchalamment ses premiers chapitres. Mais la simple vérification de routine déclenche une terreur qui s'empare de tout son être : il ne reconnaît plus ses pages, au point de les renier ou de douter qu'elles sont de sa main. C'est un tohu-bohu : les enchaînements sont dissonants, les personnages peu crédibles, leur comportement emprunté, insensé, ils s'agitent comme des marionnettes ou de mauvais acteurs. Et c'est l'estocade pour le malheureux auteur, lorsqu'il débusque quelques répliques qui feraient s'esclaffer le plus tolérant des lecteurs, là où il n'avait pas voulu le faire rire! Les affres de sa propre humiliation lui serrent les entrailles. Son univers bascule. Il n'ose plus, ne peut plus écrire. Il se l'interdit formellement. Vulnérable, honteux, accablé de chagrin, épuisé par mille fatigues, il voudrait pouvoir se réfugier et s'isoler loin du monde.
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Le saint patron des ménestrels et des troubadours veille. Son souffle salvateur éloigne la tornade et dépêche ses anges consolateurs. Un matin, un soir, ou au beau milieu d'une nuit, l'auteur retrouve sa foi intacte. Il réalise alors que le cataclysme qui a sapé son moral lui a été salutaire, en l'ayant projeté dans la seconde dimension, celle où les personnages de son récit devront l'assister dans son entreprise. Pendant une bonne partie du voyage, ils le guideront, pour peu qu'il accepte de n'être plus le seul maître à bord. Un pavillon est hissé, on y lit : Patience et Courage. Afin de conjurer le sort.
Le rescapé ausculte son texte : les mots qu'il croyait avoir apprivoisés lui font un pied de nez! Ils se rebellent, plusieurs exigent de revenir à leur case départ, là où ils sont sûrs de ne subir aucun mauvais traitement : le dictionnaire. Plus cruellement, des phrases entières lui suggèrent de mettre son manuscrit à la poubelle. Comme dans toute catastrophe, il faut parer au plus urgent : soigner les blessés, fouiller les décombres. Quand un romancier en herbe survit, c'est qu'il fait partie d'une espèce pluridisciplinaire : il est, entre autres, secouriste et architecte. Il se retrousse les manches sans songer à l'ampleur des dégâts. Il déblaye l'amoncellement des décombres, répare cette phrase, met celle-ci au rebut, récupère des fragments de paragraphe. Il greffe un mot sur cette expression moribonde et la voici qui reprend vie. Les personnages du récit l'interpellent, déclinent leur identité, font état de leur santé. Une fois leurs blessures pansées, il écrit sous leur dictée. Pas un point, pas une virgule qui ne soit justifiés. En maître d'oeuvre aguerri, quitte à se faire violence, il taille dans la masse, supprime un paragraphe ou une page entière jurant par leur « hors de propos ». Il est cet artiste peintre devant sa toile : il soustrait une parole, nuance telle idée, équilibre telle réplique, rehausse ce détail, ombre ce sentiment. Des passages entiers se transfigurent. Cela tient du prodige. La lumière commence à triompher des ténèbres.
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À la énième version de son manuscrit, le conteur est de moins en moins frileux. Plébiscité par ses mots-matelots, il reprend la barre. Il pourfend allègrement les flots de mots redondants, contourne ce mirage à l'eau de rose, découvre l'efficacité des raccourcis de narration, résiste aux accès de fièvre de rhétorique, déboute de ses dernières fioritures un texte qu'il veut superbe de simplicité. C'est un duel contre lui-même. L'affrontement est rude, acharné, épuisant. Il essuie des revers douloureux. Le doute, le scepticisme, le désespoir, reviennent à la charge inlassablement. Mais il n'est plus seul, ses vigoureux personnages viennent à son secours. Et il se repose, tandis qu'ils se concertent : « Je dirais plutôt cela, suggère l'un. J'agirais de cette manière, affirme un autre. Ici, je me tairais, insiste un troisième. Supprimons ces trois lignes, elles ne nous concernent pas. »
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Les semaines et les mois se déroulent selon ce rituel. Au bout d'incessantes et patientes ciselures, l'auteur a débarrassé son texte de toutes ses aspérités. Il a sué sang et eau dans son atelier d'alchimiste, à vouloir insuffler la vie à des mots. Il entre dans la troisième dimension. celle où, la peur au ventre, il puise dans son manuscrit une page au hasard. Sa gorge se noue tandis que ses yeux en parcourent les lignes. Il soupire de soulagement : les mots, les phrases, les paragraphes s'enchaînent et coulent comme une eau limpide. Son coeur bat la chamade …
Il croit pouvoir enfin goûter au repos du guerrier, quand le jour même ou le lendemain, son Jiminy Criquet réapparaît sous l'aspect d'un effrayant inquisiteur : « Ho là, romancier en herbe, dormiriez-vous déjà sur vos lauriers? »
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Quelquefois, un écrivain trop à l'écoute de sa conscience, le plus terrible des censeur, est le responsable de ses propres désillusions. Lorsqu'il écrit jusqu'à saturation, se corrige sans prendre de recul, arrive ce moment terrible où les mots et les phrases n'ont plus de sens, où les lettres se métamorphosent en signes cabalistiques et se détachent de leur page. Il lui faut alors comprendre qu'il est ivre de fatigue et qu'il doit astreindre son oeuvre à une période d'incubation.
Il est des textes comme de certains tableaux qu'on ne finit jamais de retoucher. Pour un écrivain, l'ultime récompense est l'heure où il n'est plus soumis à son propre jugement, où sa conscience n'a plus voix au chapitre. Il sait qu'il a fourni le meilleur de lui même, que son livre est terminé et que son destin littéraire est scellé. Ce destin sera semblable à celui de tout être vivant : ordinaire, misérable ou fabuleux, souvent imprévisible.
Une analyse du procédé de la création littéraire, avec ses espoirs et ses craintes.