Montreal Diversity Artists Index
Julie Turconi
Literature
Other Disciplines: Other, Literature, Visual arts
Artistic Profile
Julie Turconi est à la fois conteuse et auteure, mais aussi diffuseure de conte avec les Productions Cormoran. Elle offre au public ses histoires vagabondes, sensuelles et poétiques avec sensibilité et simplicité. Son répertoire est varié : contes d'ambiance, récits de vie, contes sensuels ou oniriques... Comme auteure, ses nouvelles lui ont valu de nombreuses publications en revues et en recueils (éditions Quebecor, éditions Blanche), ainsi que quelques prix littéraires.
Julie complète sa pratique artistique par d'autres formes d'art : la photo, le dessin et la peinture, par lesquels elle souhaite donner vie à des instants fugitifs de vie. Elle prépare une exposition de photos pour 2010.
Les Productions Cormoran (FX Liagre et Julie Turconi) sont dédiées à la promotion du conte et organisent à Montréal des soirées et des spectacles mettant en vedette l'art du « racontage » depuis 2004. Seule ou en duo avec FX Liagre, Julie Turconi se produit également sur nombre de scènes québécoises : Sergent Recruteur, Nuit Blanche du Festival Montréal en Lumière, Festival international d'œuvres érotiques de Montréal, Contes et légendes en Mauricie, Festival international des femmes de Montréal, etc. Julie Turconi offre des spectacles atypiques en duo avec FX Liagre : « Souvenirs, souvenirs », « Contes à rebours », « Le tour du monde en 80 minutes », « Histoires chaudes pour nuits froides » et « Dérapages - Aux frontières du réel ».
Publications :
- Histoires chaudes pour nuits froides, recueil de nouvelles sensuelles avec FX Liagre, Quebecor, 2009 (avec illustrations au fusain de Julie) - Également publié chez Québec Loisirs
- À deux, recueil de nouvelles sensuelles avec FX Liagre, Quebecor, 2006
- Suite 2502 in Ooh La La, recueil en anglais aux éditions Thunder's Mouth Press, New York, 2006
- Suite 2502 in Femmes amoureuses, recueil de textes érotiques de femmes, éditions Blanche, 2005
- Nouvelles et contes dans diverses revues telles que Brèves Littéraires, L'@lternative, L'Encrier Renversé, Virages, Alibis, Sol'Air, etc.
Artistic Studies
Julie Turconi est autodidacte
contact
Fugitive vision
Fusain - 2008
Dessin de la série « Intimité » : série d'instantanés fugitifs, de moments inconscients, de sensualité dans le quotidien d'un couple. Les dessins sont bruts, sans fioritures ni rigueur réaliste : ici, l'instinctif prend le pas sur la technique.
Copyright: Julie Turconi
À deux
Fusain - 2009
Dessin de la série « Intimité » : série d'instantanés fugitifs, de moments inconscients, de sensualité dans le quotidien d'un couple. Les dessins sont bruts, sans fioritures ni rigueur réaliste : ici, l'instinctif prend le pas sur la technique.
Copyright: Julie Turconi
Cœur vibrant
Photo.
Un instant volé au temps qui passe. Le cœur vibrant d'une fleur.
Copyright: Julie Turconi
Chenille
Photo.
Croquée sur le vif, une chenille s'éloigne doucement.
Copyright: Julie Turconi
Le petit chaperon rouge (revisité)
(4766ko - 5 min 05 s)
Conte - Une version érotique et féminine d'un conte traditionnel. Extrait uniquement.
Published by
Publié dans "À deux", éditions Quebecor
Copyright: Julie Turconi
Joyeux anniversaire, Sam!
C'était le jour de mon anniversaire. Une sale journée, en vérité. Il avait plu tout au long de l'après-midi, une pluie fine, battante, grise. Qui formait comme un rideau devant les choses et les gens, les rendant flous, irréels. J'avais l'impression que cette journée n'en finirait jamais, qu'elle se traînait lamentablement depuis le matin sans parvenir à rien. Sans bouger, sans avancer. Le temps était figé dans ces heures tristes. Maussade. Comme moi, il aurait bien voulu passer à autre chose.
A travers la fenêtre de mon bureau étriqué, je ne voyais que les gouttes de pluie qui dégringolaient sans répit. Plic, ploc … plic, ploc … un bruit diffus et monotone, mouillé et métallique. Même les tours de la ville avaient disparu derrière cet écran opaque. Le début d'un déluge salvateur ? Les rues et les caniveaux débordaient, ruisselaient, se transformaient en fleuves en crue, en mer à marée haute. L'eau tempêtait tant et plus. Le vent soufflait au diapason, mêlant sa colère au déversement du ciel. Si seulement cette eau pouvait tout noyer, tout recouvrir, tout emporter ! Il n'y aurait plus de ville, plus de gens, plus de civilisation, plus rien. Et je serais débarrassée de ma corvée. Mais non, au contraire il allait falloir que je rentre et que je supporte sans broncher, avec un sourire et une condescendance crispés, cette cérémonie hypocrite et mesquine du « joyeux anniversaire, Sam » qui m'attendait probablement à la maison.
Comment mon anniversaire pourrait-il être joyeux ?
Quarante ans. Déjà. Une vie ratée, gâchée, inutile. Un mariage tout aussi raté, gâché, inutile. Un mari de même, qui m'ignore superbement. Un appartement triste et minable d'une banlieue tout aussi triste et minable, qui ne m'appartient même pas. Un chien grincheux, bâtard sans nom, que je déteste et qui me le rend bien. Dieu soit loué, pas d'enfants pour être témoins et partie prenante de ce gâchis. Un travail ennuyeux, sans aucune gratification, au salaire quasi minimal. Une vie rêvée. A laquelle je ne cesse de vouloir échapper sans jamais l'oser. On s'atrophie à ne rien faire.
L'après-midi languissant a agonisé lentement et fini par mourir. Il a laissé la place à un soir mauvais. Les ombres sont tombées sur la ville, sur moi. La petite lampe de mon bureau avait bien du mal à combattre cette obscurité malsaine. Pourtant d'habitude je l'aime, cette noirceur. Je m'y sens bien, fondue dans ses replis, invisible. Mais ce jour-là la pluie empêchait même la nuit de faire son œuvre et de recouvrir totalement le monde. Surréaliste. Comme si toute cette eau formait un écran entre la ville, perdue dans une dimension parallèle, et le reste du monde. Hors du temps. Et toujours ce bruit qui me martelait douloureusement les tympans. Plic, ploc … plic, ploc …
J'ai rangé mes affaires, je suis sortie de ma tour de bureaux, solitaire. J'ai pris le chemin de la maison en traînant les pieds, comme à reculons, les mains dans les poches, le visage baissé pour me protéger de la morsure de l'eau, le capuchon rabattu sur ma tête. J'étais la seule à ne pas courir vers un abri réconfortant, la seule à me laisser tremper jusqu'aux os. Quelle importance ? Je me demandais comment je pourrais bien éviter tout le cirque prévisible des fleurs données sans cœur, sans gaieté. L'hypocrisie ambiante – notre hypocrisie - me révolte. Et tout particulièrement celle de mon mari. Les sentiments que l'on avait cru un jour ressentir l'un pour l'autre nous avaient quitté bien des années plus tôt. Presque au début de notre union déplorable. Dissous dans la banalité, la médiocrité et la routine de nos vies sans ambitions et sans lumière. Mais quand je suis arrivée devant chez nous, dégoulinante, frigorifiée, la maison était plongée dans le noir absolu, aucun bruit ne s'en échappait. Les fenêtres ne reflétaient que l'eau qui gouttait, formant des rigoles et des dessins sur le verre des vitres sales. L'horreur m'a fait stopper net. Oh non, pitié, pas de party surprise avec nos pseudos amis ! Pas ça. Je ne pourrais pas le supporter. Pas aujourd'hui. Il n'en aurait pas eu l'idée, ce n'est pas possible. Il est bien trop ennuyeux pour penser à quelque chose d'aussi original.
Je n'aurais pas du m'inquiéter, en vérité.
J'ai ouvert la porte tout doucement, avec hésitation, sans mettre encore un pied à l'intérieur. Comme si le simple fait de rester dehors sur le seuil pouvait tout changer. Mais le salon était désert, pas de cris ni de confettis pour m'accueillir, personne de caché derrière les fauteuils usés ou les rideaux ternes. Soulagée, j'ai franchi le pas. Avait-il oublié ? Curieusement, cette pensée me soulageait et m'irritait à la fois. Serais-je devenue si transparente qu'il ne me voit même plus ? J'ai jeté mon sac dans un coin et je suis allée directement dans notre chambre, sans allumer aucune lampe, comme je le fais chaque jour, pour ôter mon tailleur pantalon, cet uniforme informe. D'autant plus pressée ce soir que j'avais froid. Je laissais des flaques sur le sol à chacun de mes pas. Plic ploc …plic ploc …
Écœurée, transie, je n'ai pas prêté attention à la porte fermée de la chambre. Qui pourtant reste toujours ouverte, n'ayant rien à cacher aux yeux de quiconque, plus d'intimité à protéger depuis si longtemps. Je suis entrée violemment, impatiemment … et j'ai trouvé celui qui me servait de mari depuis presque dix ans au lit avec une de nos voisines. Celle de l'appartement du dessus, la blondasse maniérée et insipide que je croisais de temps à autre sans jamais lui adresser la parole. La voisine du dessus, qui ce soir-là s'était retrouvée dessous … Des envies de déménagements, sans doute, d'exotisme. Ils étaient dans la pénombre, silencieux, essoufflés, collés l'un à l'autre, nus. Figés dans leurs ébats, comme médusés par mon entrée visiblement imprévue. Pour eux aussi sans doute le temps étrange de cette journée infecte s'était bloqué. Ils ne m'attendaient pas si tôt. Ou pas du tout ?
Je suis restée sans réaction, comme une idiote, sans même bouger un cil, pendant quelques secondes. L'eau gouttait toujours de mes vêtements. Plic, ploc … plic, ploc … Je me souviens avoir pensé qu'elle était dans le fond aussi médiocre que lui, à reproduire ainsi une parodie de relations sexuelles sans même discerner clairement son partenaire, sans bruit, sans démonstration aucune de plaisir. Ou peut-être ne ressentait-elle plus rien, comme moi ? Pourtant si ça avait été le cas elle n'aurait pas été là, sous mon mari, le visage tourné vers moi, les yeux exorbités, affolés. C'est son regard, plus que le geste de mon mari qui l'a brutalement repoussée, en véritable gentleman qu'il est et a toujours été, qui m'a fait prendre pleinement conscience de la situation. De leur nudité, de leur acte. La scène que j'avais sous les yeux pénétrait enfin mon cerveau, atteignait ma conscience embrumée, anesthésiée par toute cette eau. Le salaud me trompait ! Depuis combien de temps se moquait-il ainsi de moi ?
J'ai senti la colère monter, doucement, en vagues lentes mais irrésistibles. Je dois avouer que je me fichais complètement que cet ignoble individu qui vivait à mes côtés passe ses envies répugnantes sur une autre que moi. Mais c'en était tout simplement assez. J'avais tout accepté de ma vie lamentable, jusqu'à ce soir. Ca, cet acte odieux de chair bestiale, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. J'ai tourné les talons, en silence, et je suis allée dans la salle de bains attenante. J'ai attrapé une serviette pour m'éponger, ôter cette eau abjecte de moi, de mon visage. J'aurais voulu enlever également les vêtements froids qui me collaient à la peau en une sensation désagréable. Au lieu de cela, j'ai aperçu le rasoir de mon mari adultère, sur le lavabo, à portée de main. Presque machinalement, je l'ai pris. Je suis revenue dans la chambre, je me suis approchée d'eux. Mon mari ne disait pas un mot, ne bougeait plus, et elle se rhabillait le plus vite qu'elle le pouvait, confuse, gênée. Ridicule. Je ne lui en voulais pas, pas vraiment. Elle n'était pour rien après tout dans la faillite totale de notre couple. Seulement elle se trouvait là où elle n'aurait pas du être.
Sans hâte, j'ai saisi la main de mon mari toujours allongé sur notre lit commun. Je me suis penchée vers lui, les lèvres retroussées en un sourire qui tenait plus du rictus, et tout en lui chantonnant « joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Sam, ma chérie », je lui ai tranché la gorge avec la lame du rasoir serrée dans ma main droite. Il n'a pas eu le temps de réagir ni de se défendre, sa bouche s'est ouverte sur une protestation muette qui ne sortirait plus, ses yeux se sont écarquillés sous le choc de la surprise. Puis tout son corps s'est détendu, et je n'ai plus eu dans mes bras qu'une coquille vide, molle, flasque. Ignoble. Le drap a absorbé avidement le sang.
Il n'aurait pas du oublier mon anniversaire.
Lentement, je me suis redressée. J'ai rattrapé par le bras la femme qui tentait maladroitement, ses vêtements à moitié enfilés, de s'enfuir de la chambre gorgée des senteurs écœurantes du sexe. Elle n'avait rien vu de ce qui venait de se passer. Elle n'avait pas réalisé que son amant ne la ferait plus jamais grimper au plafond gris de son appartement minable. Elle était juste extrêmement gênée. Rouge de honte. Je l'ai prise dans mes bras, comme on prend un animal effrayé ou un enfant pour le rassurer. Elle tremblait. Je l'ai serré tout contre moi. Au fait, je m'appelle Sam, que je lui ai dit.
Et le rasoir a fait son œuvre.
Le sang gouttait sur le sol à mes pieds. Plic ploc … plic, ploc … Je l'ai lâchée, son corps a glissé comme une poupée de chiffons et s'est recroquevillé sur le plancher. La lame luisait doucement dans la pénombre. Avant de sortir de la pièce, je me suis retournée vers eux une dernière fois. Je n'ai vu que deux ombres insignifiantes, une bosse sous les couvertures et un tas de guenilles par terre. Aussi négligeables que de leur vivant. L'odeur avait changé, à celle du sexe se mêlait maintenant un parfum délicat, entêtant, un peu nauséeux mais enivrant. Celui du sang frais. J'ai souri et je leur ai fait un petit signe de la main. Au revoir.
Je me suis assise sur le vieux sofa élimé, au salon plongé dans l'obscurité envahissante de la nuit, et j'ai attendu. Les yeux fermés, la tête rejetée en arrière. Tranquille, comme apaisée. Le bruit de la pluie se mêlait à celui des gouttes du sang qui se vidait de leurs corps, à côté. Plic, ploc … plic, ploc …
Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Sam …
Nouvelle écrite par Julie Turconi