Montreal Diversity Artists Index
Adrian Erbiceanu
Literature
Other Disciplines: Literature
Artistic Profile
- Born in Bucharest, Romania
- BACHELOR OF ART in Romanian language and literature obtained 1970
- Literary debut (poetry) in 1969
- Immigrated to Montreal, Quebec, Canada, in 1979
- Member of the Romanian Canadian Writers’ Association (2004 – 2008)
- Co-founder and president of Quebec Romanian Writers’ Association (L’ Association Quebecoise des Ecrivains Roumains) since July 2008
- He is active on the Romanian – Canadian literary scene, as mirrored by his published poems in different Romanian language magazines in Canada (TRIBUNA NOASTRA – Montreal, OBSERVATORUL – Toronto, ATHENEUM – Vancouver).
Artistic Studies
- 2003: Confesiuni pentru doua generatii (Confessions for Two Generations), a collection of older and newer poems, is published by the established printing house TRIBUNA (Sibiu, Romania)
- 2004: a second book, entitled Divina Tragedie (A Divine Tragedy), constituting a wide satirical panorama of Romanian contemporary society, is published by TRIBUNA. The book is well received by both professional critics and readers. This book is now available on BIBLIOTECA ON-LINE, a web site organized by the ARP (Romanian Patrimony Association)
- 2007: De la Anna la Caiafa (From Annas to Caiaphas), his latest book, is published by the ARDEALUL publishing house (Targu Mures, Romania). This book reunites his literary efforts from past years and receives very favorable literary reviews
- 2009: LA FONTAINE DE CE SIÈCLE - ASLRQ, Montréal (translated in french by Constantin Frosin)
contact
LA FONTAINE DE CE SIÈCLE
LA FONTAINE DE CE SIÈCLE, ASLRQ, 2009
Copyright: Adrian Erbiceanu - ASLRQ
De la Anna la Caiafa
De la Anna la Caiafa
Copyright: Adrian Erbiceanu
Divina tragedie
Divina tragedie, 2004
Copyright: Adrian Erbiceanu
Confesiuni pentru doua generatii
Confesiuni pentru doua generatii, Tribuna, Sibiu, 2003
Copyright: Adrian Erbiceanu
LA FONTAINE DE CE SIÈCLE - ASLRQ, 2009
LA FONTAINE DE CE SIÈCLE
tellement de fange sévit en nous, que si
je trifouillais dans le temps - antipode,
la bourse s'avérerait toujours plus appauvrie
laquelle demande qu'en moi-même s'inféode ;
le puits finirait par donner moins d'eau qu'hier,
le silence déferlerait dans le val
en vague omnisciente, écrasant la lumière
jaillissant dans l'espace ancestral ;
toujours plus intenable serait la brûlure
sur les yeux clos - comme dans la terre des champs -
par crainte de l'hiver qui arrête sa parlure
sur ce déjà passé chuchotement
et il ne resterait dans l'esprit qui refuse
eaux stagnantes, lieux communs - moins qu'il n'y paraît -
sinon la Fontaine du Siècle, en guise d'écluse
servant le Mensonge mué en Vérité.
SANS REPOS NI TRÊVE
Le jour se renferme en lui, caniculaire.
J'accroche ma pensée à l'anse de la nuit
Horloge hermétique, au timbre rare et clair,
Laquelle enfonce les instants à l'envi.
Comme si l'on me coursait dans un escalier
D'ont j'ignore où il peut bien aboutir...
Personne là, dans la bonne voie me diriger
Les questions n'arrêtent pas de jaillir !...
Quelle cohue dans la rue du soir de la vie !
Avec chaque pas, je franchis certain limbe
Qu'ont vite fait de laver les pluies de l'oubli -
Je m'y retire, comme au-dedans d'un nimbe.
Du naufrage même de l'instant... entre les paupières
Ecrasant la lumière du rêve perdu...
Mais l'épouvante niche à l'aube, dans les rivières -
Autant de tentations d'un autre début...
SUR TON PASSAGE
Tu longeais mon âme retenue
Espérant que personne ne te voie.
Brusquement, il fit noir dans la voie.
Tu étais là. J'étais perdu.
Le long du même chemin battu,
Lors de baisser les stores des fenêtres
Quand l'amour de douleur se perpètre),
O, du sommeil tiré je fus.
Tu étais muette, je t'entendais.
J'étais comme entre rêve et insomnie,
Prisonnier du bagne d'anciens soucis,
Pour laisser le mouvement en paix.
Tu fus mon histoire dans le temps !
Maintenant, qui va me déchiffrer
Le sens que l'on entend arrêter
Et comment... des durs Commandements ?
Sur l'âme, à deux nous balançant,
La froidure de l'oubli nous convoie
Nous aguerrissant dans le feu froid
De la question... Mais jusqu'à quand ?
BATTANT LE PAVÉ D'UNE VIE
Et le cortège de s'allonger. A cheval,
Sur les lambeaux de la nuit, je m'attaque
Au verrou de l'entrée, qu'enfin je décale
Pour humer le vent. C'est paradisiaque !
Par suite de lois étrangement établies,
J'arpente la vie d'un pas irrégulier,
Faisant crocs en jambe à la cohorte d'envies
Comme à tous les jours du calendrier.
Et le même rêve, recelant l'orage en liesse
- Dès notre naissance, un pont vers le requiem -
A l'instar d'un baume, il nous bouleverse sans cesse :
C'était tout... Il vous reste le jour énième...
CESSE DE DORMIR
Je m'arrache au sommeil comme si j'avais peur,
Comme si j'enlevais une partie au tout.
Je n'arrête pas la route à suivre, quel leurre,
Tout juste, je traverse les douanes, de bout en bout.
Je feins de n'entendre la voix qui me réclame.
De ce qui fut, qu'est-ce que j'aurai compris ?
Dans l'avenir, en rêve, me recueillis
Cette éphémère vie n'est pas pour moi un drame !
Cette condamnation refuse tout arrêt.
Enchaîné, tout en ignorant mon délit,
Je reprends mes forces de ce qui est resté,
En vue de l'espoir animant le génie
De la source qui en rêve acquiert fermeté...
Seulement ainsi, je me donne du répit !
EN GUISE DE PRÉFACE
La complexité de la poésie d'Adrian ERBICEANU rend très difficile notre tâche de le situer dans un certain cadre, courant littéraire ou de pensée, comme il se doit d'habitude. Apparemment, il pratique un éclectisme sage et généreux, ce qui nous fait le situer dans le prolongement du gândirism/penséisme roumain des années 1930. A cela près que le traditionalisme des gândiristes/penséistes comportait « un sens dynamique, d'actualité, parce qu'il avait un sens de permanence » (Nichifor Crainic, « In sensul traditiei » / « Au sens de la tradition », in Gândirea/La pensée, no. 1-2 de 1929). Et l'un des mots-clés de la poésie d'Adrian ERBICEANU est justement la permanence, l'éternité. Signe qu'il ne bâtit pas sur le sable, mais à chaux et à sable, il admet l'éphémère de la condition humaine, mais vise à l'éternité, voire à l'infini...
A la différence des gândiristes/penséistes, il n'accentue point le caractère religieux de la culture roumaine, ni n'insiste dans sa poésie sur cet aspect. On peut dire que la religion n'y entre pour rien dans la poésie d'Adrian ERBICEANU, qu'elle n'a rien à voir avec la poésie ! Ce qui est Dieu vrai ! Il ne sait pas si bien dire...
Du reste, en amant chevronné, notre poète papillonne et butine ça et là ce qui lui plaît et ce qu'il trouve digne de constituer la matière de ses vers. Il ne s'en revendique point du gândirisme/penséisme roumain, il a la nostalgie des traditions, mais n'en fait pas une maladie mortelle, d'autant plus que ses poèmes lui sont dictés, même s'il n'habite plus sa patrie, mais bien le Canada, un des plus beaux et accueillants pays du monde, vrai terre d'asile pour les Roumains sérieux et appliqués, désireux de faire leurs preuves, de faire valoir leurs mérites et qualités, de s'intégrer de tous les points de vue dans la collectivité d'accueil, même d'un point de vue artistique, littéraire et spirituel.
Et comme il sait que l'union fait la force, il a fondé il n'y a pas longtemps, l'Association des Ecrivains d'Expression Roumaine du Québec (ASLRQ), qui fêtera un an de sa constitution en publiant une belle anthologie des poèmes de ses membres canadiens/québécois, mais aussi des membres invités, de Roumanie, tout d'abord, comme de juste. Voilà que, par voies détournées, il renoue avec la tradition roumaine et réunit autour de soi le plus d'écrivains possible.
Attendu que la poésie doit garder son parfum de mystère, que le chroniqueur se doit de ne jamais lever le voile de ce mystère, car le lecteur a le droit d'en faire ses délices, de s'en repaître à cœur-que-veux-tu, nous n'allons ni dévoiler les secrets de sa poésie, ni montrer du doigt ses éventuels défauts, car la joie de le lire doit rester entière, et le critique doit garder bouche cousue, ne pas souffler au lecteur ses impressions et déductions, il doit le laisser faire, et il ne doit pas y trouver à redire...
D'autre part, à force de le déchiffrer, de le tourner et retourner sous toutes ses coutures, nous sommes tombé amoureux de la poésie d'Adrian ERBICEANU, ce qui redouble l'ardeur de notre tâche, la rendant sinon impossible, du moins pénible (au sens de très difficile, voir le Petit Robert). Mais comme il prétend que personne d'autre ne le connaît mieux que nous, qui l'avons mis sous la loupe pour en déceler toutes les nuances possibles, qui l'avons mis en examen pour nous persuader de certaines vérités (même si, parfois, fort d'une subtilité rare, il les faisait prendre pour un faux ou un faux-semblant...), nous avons finalement accepté ce pari avec nous-même et avec sa poésie.
Pour revenir à notre poète et à sa poésie, nous allons simplement énumérer quelques-unes de ses lignes directrices. Il porte l'accent sur le contenu divin du Beau, sur ce qu'on a appelé, dans le temps (à l'époque des penséistes roumains) la contemplation mystique de Sophie, de la sagesse divine. Et là, il puise non seulement aux mystiques médiévaux, mais aussi et surtout à Sergueï Boulgakov, Nicolaï Berdiaev ou Herman Keyserling. Ce dernier, du reste, dans son livre Das Specktrum Europas, voyait l'avenir de la spiritualité et de la culture roumaine dans un retour au byzantinisme.
Le fait est que le modèle institué par Lucian Blaga influence fortement Adrian ERBICEANU, qui accepte sans ciller que l'éternité est née au village, à la campagne... Et dans sa création poétique, il ambitionne de nous faire comprendre, du moins dans un registre nostalgique, le fait que le village est le symbole parfait de la spiritualité roumaine, qui la garde intacte, qui la conserve telle quelle, malgré l'assaut de la modernité et de ses corollaires.
Même à défaut de la foi en Dieu, on trouve chez lui un optimisme frénétique, atteignant plus d'une fois à l'extase. Voilà que, pour une fois, la malédiction de l'angoisse, de l'inquiétude métaphysique ne s'accompagne pas, dans son cas précis, du frémissement religieux. Il n'en est pas moins vrai qu'il officie en vrai Grand Prêtre dans le temple de sa création poétique, où il prétend écrire sous la dictée, mais nous le sentons polir et repolir la pierre de sa poésie, mettre et remettre mille fois l'ouvrage de ses poèmes sur le métier des affres poétiques, fébrilement.
Dans ce recueil, il nous propose une riche lyrique, où les procédés symbolistes sont à l'honneur, où l'on retrouve un certain Blaga ou Ion Pillat, mais aussi quelques-uns des symbolistes français, comme certains expressionnistes allemands. Il y chante les endroits et les parages où il a vu le jour et où il a passé son enfance, il chante aussi la terre roumaine, le sang, le dor, parfois une certaine vengeance couve dans ses vers à l'adresse de ceux qui ont souillé ces terres ou les ont humiliées sous leurs bottes... Un certain panthéisme perce de la plupart de ses poèmes, mêlé à un ethnos fervent.
Nous croyons ne pas nous tromper, en affirmant que Adrian ERBICEANU est un poète à part, qui, se réclamant discrètement des gândiristes/penséistes et traditionnalistes, est en train de devenir déjà « un classique en vie »... Dans ses phrases poétiques, il y a pullulement, voire chevauchements de sens, et l'on sait que l'abondance fait peur parfois, selon le dicton : Le mieux est l'ennemi du bien, mais Abondance de biens ne nuit jamais, n'est-ce pas ? Maître du style, il forge des images parfois inattendues, non familières à la poésie en général, n'empêche, l'inédit et l'ineffable se côtoient harmonieusement chez lui, qui vise dangereusement à la perfection, comme en ignorant (apparemment) que Ad augusta per angusta...
On le sent peiner, haleter même en quête de l'image parfaitement convenable, de la figure de style adéquate, du mot qui décrive le plus complètement possible son état d'âme et son intention poétique. C'est un vrai poète-forgeron, selon nous, car il écrit sur l'airain, dans la durée, pour l'éternité, s'arc-boutant des pieds et des mains à l'infini... On le devine scruter de son regard d'acier l'éphémère en quête du durable.
Pour tout dire, nous avons fait une passion pour sa poésie, car ce fut l'amour à première vue, le coup de foudre, quoi ! L'amour à première lecture, que les lecteurs de ce beau recueil partageront avec nous, et ils n'en regretteront rien... Nous nourrissons l'espoir que ledit recueil ne passera pas inaperçu, que les revues littéraires le feront remarquer, et que la critique de spécialité le mettra à la place d'honneur.
A la fin mais non pas en dernier lieu, Adrian ERBICEANU est un impeccable chantre de l'amour, qui, fidèle au principe (si l'on peut dire...) : Ut pictura poesis, dresse avec une subtile sensibilité, toute une galerie de tableaux de ses amours successifs et indélébiles, paraît-il. Il n'est pas près d'oublier que c'est l'unique sentiment/état d'âme qui différence l'homme d'avec les autres êtres, le seul que l'on peut étendre au prochain, voire à Dieu. Et là, l'amoureux incorrigible qu'il est, a recours à la panoplie des romantiques chantant l'amour, ce qui ouvre déjà une autre perspective sur sa poésie.
Jouant un peu sur son nom, en toute innocence (et sans penser à mal), nous pensons qu'Adrian ERBICEANU est un grand poète en herbe, dont on aura bientôt des nouvelles et qui fera couler pas mal d'encre dans les pages des revues ou dans les histoires littéraires roumaines ou canadiennes. Nous sommes fort content d'avoir eu la chance, le plaisir et l'honneur de le traduire, ayant acquis la ferme conviction que notre traduction le fera connaître (et, pourquoi pas, reconnaître...) par ses pairs, ainsi que par les littératures canadienne et française !
Constantin FROSIN
LA FONTAINE DE CE SIÈCLE, ASLRQ, 2009
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Constantin Frosin